L’ESS et les villes de demain – Conférence à Sciences Po

25 avr

Le 23 mars 2016, les associations Sciences Po Environnement et Noise Changemakers Sciences Po, en partenariat avec le NOISE Dauphine, organisaient une conférence-débat sur le thème des « Villes de demain ». Les enjeux étaient de présenter aux étudiants les différentes perspectives de développement durable en ville, à la croisée de ses dimensions économiques, sociales, environnementales et géographiques. L’occasion d’engager une discussion et de faire se rencontrer des acteurs investis dans cette réflexion sur la transition urbaine en marche.

A ce titre, quatre professionnels sont venus partager leur expérience et confronter leurs points de vue sur leur vision respective des villes de demain. L’amphithéâtre Jacques Chapsal a ainsi accueilli Vincent Callebaut, architecte écologiste et visionnaire, notamment designer du projet «  Paris Smart City 2050 » commandé par la Ville de Paris, Catherine Simon et Henri Bureau, respectivement coordinatrice nationale des Incroyables Comestibles (IC) et  urbaniste fondateur de l’antenne des IC d’Albi, et Edith Akiki,  ingénieure responsable du pôle éco-quartiers et ville durable à l’Institut Tribu.

La ville de demain vers une révolution écologique et technique

1604_VillesDeDemainPour l’architecte Vincent Callebaut, la ville de demain est avant tout une ville « archibiotique », dont les principes de construction et d’aménagement, imitant la nature, doivent également être l’occasion de repenser totalement nos modes de vie. Son projet pour Paris 2050 incorpore les dernières innovations technologiques en termes d’énergie positive et s’accompagne d’une réflexion sur la mutation des bâtiments parisiens afin qu’ils produisent une énergie décarbonée.

Par ailleurs, la végétation doit y occuper une place centrale dans la mesure où les façades végétales atténuent les fortes chaleurs urbaines, tandis que la photosynthèse produite par les plantes permet aux bâtiments de présenter un bilan neutre en matière d’émissions de gaz à effet de serre. La ville de demain se repense ainsi comme un système métabolique intelligent capable de s’auto-réguler.

Edith Akiki soulignait, quant à elle, la nécessité de travailler sur des solutions industrielles pour la création d’éco-quartiers et d’ensembles résidentiels sobres en carbone, qui permettraient d’optimiser les flux de consommation d’énergie. La transition vers une ville durable doit passer, selon elle, par le développement de matériaux de construction innovants destinés à faire diminuer les émissions d’énergie grise – c’est-à-dire les émissions liées à la fabrication, au transport et à l’élimination des matériaux. Dans le cadre de la ville de demain, à l’heure de la démarche bioclimatique, l’attention portée à l’enveloppe des bâtiments  doit d’être entière car c’est bien elle qui est « le lieu privilégié de rencontre entre le développement durable et l’architecture ».

 L’agriculture urbaine et la réappropriation citoyenne de la ville

Le mouvement des Incroyables Comestibles (IC), issu d’une démarche citoyenne vise à réaliser à terme le potentiel de production de la ville de demain et, ainsi, l’autonomie alimentaire des villes dans lesquelles ils se sont déployés. Henri Bureau propose une vision de la ville de demain où les citoyens se réapproprieraient la terre et les sites agricoles : la ville peut redevenir une source de cultures alimentaires, produites et consommées localement.

Vincent Callebaut souligne qu’il est par ailleurs envisageable de catalyser ces initiatives citoyennes au moyen de la création de fermes verticales intelligentes en ville, qui inviteraient le citoyen à devenir un « agriculteur-citadin », acteur d’une nouvelle économie sociale et circulaire urbaine, tout en minimisant les impacts environnementaux. Cette approche a déjà convaincu certaines grandes métropoles étrangères, aussi certains de ces projets sont déjà en cours de construction à Taiwan et au Caire.

La ville de demain, une ville axée sur la convivialité et la mixité

Cette réappropriation de l’espace urbain par les citoyens au travers de l’agriculture urbaine est, d’après Catherine Simon, un moyen de rediversifier des villes qui sont devenues des « espaces horizontaux, entièrement tertiarisés et monofonctionnels ». Ces espaces ont en quelque sorte sapé la constitution d’un lien social, faisant disparaître la mixité sociale et aggravant les inégalités socio-économiques.

Ainsi, pour Vincent Callebaut et Henri Bureau, la création de jardins nourriciers, comme le font les Incroyables Comestibles dans certaines villes françaises, participent du retissage du lien social, tout en effectuant un travail de sensibilisation des habitants ; ceux-ci sont par ailleurs demandeurs d’innovation sociale dans le cadre urbain, comme en témoigne la dynamique et le succès des IC. En tant qu’architecte, Vincent Callebaut explique que la tendance est à la conception de bâtiments multifonctionnels (à la fois logements, bureaux, lieux de production énergétique et nourricière) et destinés à encourager le partage.

A ce sujet, Edith Akiki envisage également une ville qui s’oriente à terme vers la dématérialisation des transports et la disparition progressive de la voiture : la ville de demain devrait davantage faire la part belle à « la vie de quartier » et à un « mode de vie plus pédestre », en décentralisant la grande ville dans des sous-ensembles de plus petite échelle revitalisant la convivialité au sein de  l’environnement urbain.

 La ville du futur est ainsi conçue de manière éminemment transversale  et pluridisciplinaire : elle doit recréer « des boucles de cohérence au niveau social et environnemental », et compter certes sur les architectes, urbanistes, ingénieurs, géographes, décideurs publics, sociologues… mais aussi et surtout sur les ressources et la volonté de « faire-ensemble » de ses habitants.

François De Block

1604_VillesDeDemain2

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS
  • Print

Pas de commentaire.

Laisser un commentaire